Financé par le Fonds de recherche du Québec (Société et culture) de 2021 à 2024 et par la Chaire de recherche émergence UQTR (2024-2027), ce projet s’intéresse aux technologies dites « émergentes » et à ce qu’elles révèlent de notre façon de concevoir le souvenir. Il porte sur la mémoire intime, ordinaire et quotidienne, à un moment charnière où des entreprises commencent à marchandiser les souvenirs et notre mémoire.
Le projet poursuit trois grands objectifs :
- Répertorier et décrire ces technologies comme des dispositifs de communication : leurs interfaces, leur langage, les récits de soi qu’elles encouragent et l’utilisateur type qu’elles imaginent. Par exemple, une caméra comme Babeyes invite les parents à produire des images dont l’esthétique rappelle celle de la vidéosurveillance.
- Mettre au jour les imaginaires qui accompagnent ces objets. Discours publicitaires, promesses des concepteurs, science-fiction et couverture médiatique façonnent la manière dont on les perçoit et les utilise. Ces discours sont souvent enthousiastes et laissent dans l’ombre des enjeux importants : identité, rapport à la mort et à la postérité, surveillance, exploitation commerciale des données personnelles.
- Situer ces technologies dans l’histoire des médias afin de déterminer si elles prolongent des formes plus anciennes (l’album de famille, le journal intime) ou si elles forment un ensemble réellement nouveau. Le projet refuse ici une vision linéaire du progrès : l’innovation technique répond à des logiques sociales, économiques et politiques plutôt qu’à une marche naturelle vers l’efficacité.
En toile de fond, une question traverse l’enquête : dans une économie fondée sur les données personnelles, que devient un souvenir lorsqu’il est produit en série par une industrie?
En constituant un premier inventaire raisonné de ces technologies, ce projet offre une ressource documentaire inédite pour l’histoire des médias et pour les études sur la mémoire. Il aide surtout à réfléchir à une transformation discrète mais profonde : la manière dont nos sociétés confient désormais à des machines, et aux entreprises qui les conçoivent, le soin de fabriquer, de conserver et de transmettre ce dont nous nous souvenons.
Quelques ressources en lien avec le projet

